« Le syndrome du jumeau fantôme », oui mais …

Anne De Vreught

 

 

 

 

Dans plusieurs types de thérapies et plus particulièrement en constellations familiales (CF), il devient de plus en plus fréquent d’identifier péremptoirement comme cause au problème amené par le patient, la présence prétendue d’un jumeau mort in utero.

Que plus ou moins 30 % de la population aient eu un jumeau mort in utero n’est certes pas à remettre en cause et tel est même le constat fait actuellement par la médecine conventionnelle. De là à affirmer a priori que ce jumeau disparu est à l’origine d’un certain nombre, voire de tous les malaises des gens, il y a une marge !

 

Chez certains animateurs de constellations familiales, la découverte d’un jumeau mort in utero constitue l’objet de plus d’un tiers des constellations, alors que chez d’autres animateurs, cela ne représente qu’une part infime des causes abordées en CF.

Comment expliquer cette différence ?

 

Certains seraient tentés de dire que l’animateur attire dans ses stages des personnes ayant un passé similaire au sien. Ce qui signifierait donc le cas échéant que si l’animateur a perdu un jumeau quand lui était in utero, il attirerait des patients ayant vécu la même expérience.

Comment expliquer alors que dans les stages que j’organise, les problématiques et les causes les plus variées sont abordées ? Il n’est pas possible que j’ai moi-même vécu toutes ces expériences-là ou que j’ai les mêmes causes dans mon vécu.

 

En revanche, si l’animateur a bel et bien eu un jumeau mort in utero mais qu’il ne se comporte pas en thérapeute digne de ce nom au niveau déontologique et éthique, mais bien en « dérapeute », il risque de faire un transfert de son vécu dans celui du constellant, c.-à-d. d’interpréter tout signe visible dans une constellation comme attestant d’un jumeau mort in utero. Ainsi, il imposerait son interprétation, biaisée par sa propre histoire, et passerait à côté de la cause qui se serait naturellement montrée, s’il n’avait pas été interventionniste. Comme je l’ai déjà dénoncé précédemment ("CF, oui mais"), trop d’animateurs de CF se comportent en maîtres à penser, qui font montre ou imposent un savoir externe qui n’a aucun lieu d’être en psychothérapie et s’adonnent à trop de directivité dans la CF, ce qui représente une attitude indigne d’un psychothérapeute. Certains ne tiennent peut-être pas compte que les CF, c’est de la psychothérapie et que l’animateur doit donc se comporter en psychothérapeute et respecter les règles de déontologie et d’éthique applicables à cette profession (En savoir plus). Malheureusement, trop d’animateurs ne disposent cependant pas d’une formation solide et digne de ce nom en psychothérapie qui inclut notamment d’avoir fait un réel travail sur soi ; cela les empêche d’aller sonder prioritairement dans les méandres émotionnels de leurs patients en rapport avec leur vécu d’enfant, pour qu’ils puissent s’auto-libérer en profondeur : « Ils vous font ressentir l'enfant impuissant pendant des années et des années pour vous "aider" mais il y en a qui ne sont pas eux-mêmes prêts à ressentir leurs douleurs et se confronter honnêtement avec leurs histoires. »  (Alice Miller).

Plus adéquatement, dans les Constellations Familiales Intégratives (CFI) que j’anime, le patient expose brièvement son problème et se montre alors, dans la CFI progressivement (et parfois très lentement), la cause de ce problème, sans que j’y donne quelque interprétation personnelle.

 

Je ne mets nullement en doute que bon nombre de personnes aient eu un jumeau mort in utero ; cependant, forte de mon observation sur le terrain, j’affirme que cela n’est pas nécessairement la cause de leurs problèmes et que tout ne va pas aller bien pour autant lorsque le travail s’est limité à n’investiguer que l’hypothèse d’un jumeau, qui ne devrait constituer qu’un point de départ à une démarche psychothérapeutique en profondeur.

 

Mettre d’office la cause sur le jumeau mort in utero risquerait de faire l’impasse sur tout ce qui a été vécu notamment avec les parents, ce qui peut souvent représenter une solution de facilité pour les patients. On observe dans les faits qu’il est souvent plus facile de mettre la cause sur l’absence de ce jumeau mort, plutôt que d’affronter une réalité souffrante de son vécu avec ses parents notamment. S’affirmer, par exemple, face à ses parents et se confronter à eux pour grandir enfin et devenir autonome, reste pour beaucoup une tâche si difficile à accomplir, voire impensable, que la solution du jumeau mort in utero comme cause à leur problème en devient la solution miracle à laquelle ils peuvent se raccrocher. Mais cela constitue bien souvent un mirage, car malgré cette prétendue cause découverte et l’éventuel travail fait à cet égard, il subsiste souvent un malaise, un problème à résoudre.

 

Je déplore donc ce « phénomène de mode », cette cause « fourre-tout », qui correspond bien à la culture ambiante de la société actuelle : docteur guérissez-moi vite, le tout, tout de suite, la consommation pour un éphémère bien-être immédiat sans aller en profondeur, à la racine des maux.

Certains médias friands de sensationnalisme ont d’ailleurs mordu à l’hameçon, comme l’hebdomadaire belge Femmes d’Aujourd’hui, qui, coup sur coup, publie deux articles, l’un sur les constellations familiales et l’autre sur la présence d’un jumeau mort in utero chez bon nombre d’entre nous. Dans le premier cas, les constellations familiales sont quasiment présentées comme une méthode miracle qui va résoudre tous les maux plus vite qu’il ne faut pour le dire et, dans le second cas, le jumeau mort in utero, passe quasi pour la cause fourre-tout de tous les problèmes ou mal-être, qui viendrait comme par magie soulager tous les maux.

Une fois encore, je dénonce l’attitude, sinon de la plupart, du moins d’un nombre trop important d’animateurs en CF qui se comportent dès lors en dérapeutes, se livrant à du décodage sauvage et faisant ainsi passer les CF pour une méthode quasi magique (attirant ainsi les gens crédules en demande d’une solution ultra rapide sans devoir faire trop d’efforts), avec comme risque que le patient n’entame pas de réel travail sur lui. Comme si, après une CF, tout allait se dénouer comme par enchantement.

 

Même si on s’en tient à la perte d’un jumeau in utero, la blessure y afférente ne peut se guérir en une CF. Le deuil est un processus qui peut être long et l’accompagnement ultérieur à la découverte est indispensable (ce que trop d’animateurs en CF ne proposent pas, n’ayant pas les capacités requises ou croyant à une méthode magique, ce qui constitue un réel danger et une tromperie monumentale - voir "CF, oui mais").

 

Arrêtons de croire qu’il est possible de guérir durablement de souffrances psychiques en une séance, par un coup de baguette magique, via une méthode qui serait la panacée universelle, par un thérapeute miracle.

La solution est en nous et le psychothérapeute est là pour aider à faire émerger cette solution qui existe au fond de nous mais qui n’est pas encore conscientisée, pas pour imposer une solution personnelle ou standard. Cela requiert du patient qu’il se place résolument dans l’action, qu’il se remette en cause, qu’il se prenne en charge, qu’il regarde sa réalité et son vécu en face. Ce qui peut aller relativement vite mais pas en un claquement de doigts, voire par une quelconque pilule miracle !

* Définition proposée : "La psychothérapie est l'ensemble des moyens par lesquels nous agissons sur l'esprit malade ou le corps malade, par   l'intervention de l'esprit." (Dr Antoine Porot, co-auteur d'un ouvrage médical de référence, le ‘Manuel alphabétique de psychiatrie’ - 1952) ; pour pouvoir agir efficacement et éthiquement, il faudrait y inclure l'esprit de la définition de l'écoute, que donnait le célèbre psychosociologue Jacques Salomé : "écouter quelqu'un, c'est lui permettre d'entendre ce qu'il dit." (En savoir plus sur ce qu'il faut considérer comme une "psychothérapie appropriée"). (Revenir au texte à l'endroit quitté).

 

En savoir plus sur ce que pourrait  entraîner la perte d'un jumeau

 

 

TEXTES COMPLEMENTAIRES

 

- En savoir plus sur ce que pourrait  entraîner la perte d'un jumeau

- la très belle histoire de la jumelle secourue par son frère jumeau

- l'histoire de jumelle disparue à la naissance de Baudouin Labrique et comment il l'a appris.

- l'humour ayant aussi sa place, cette belle histoire de jumeau.

 

Procédure à suivre pour s’inscrire à une CFI.

 

J'ai appelé ces Constellations "intégratives" ; pourquoi ?

Découvrir en quoi les Constellations constituent aussi des actes symboliques et donc de puissants outils de guérison.

Constellations Familiales, oui mais ... : que penser des constellations familiales en vogue actuellement ? Quelles conditions réunir pour garantir leur efficacité ? Faut-il suivre et se réclamer de leur initiateur Bert Hellinger ?

Je conseille en outre un travail complémentaire de libération des mémoires énergétiques et corporelles à l’antenne de Lecher que je pratique en séance.

 

Plus d'informations encore, cliquez sur questions à propos des CFI

 

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